Satoshi Nakamoto

Quelques années après la création du bitcoin, l’identité réelle de son inventeur demeure un mystère. Cet inconnu serait pourtant aujourd’hui à la tête d’une immense fortune.

C’est sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, que le créateur du Bitcoin a annoncé son invention en novembre 2008 en publiant un article expliquant le fonctionnement de la monnaie électronique.

Satoshi Nakamoto

Ce texte présente les principes fondateurs de la cryptomonnaie, quelques traces électroniques et la clé publique de la première transaction réalisée.

C’est à peu près tout ce qui apparaît de Satoshi Nakamoto, l’inventeur du bitcoin, dont le dernier message laissé sur un forum spécialisé remonte à décembre 2010…

Dans un e-mail envoyé dans la foulée, il annonce se mettre en retrait et désigne le développeur américain Gavin Andresen comme nouveau porteur du projet. Depuis, plus rien. Ou presque.

La communauté technophile s’évertue désormais à lever le voile sur sa véritable identité, mais aucune preuve tangible de son existence n’a pour le moment été apportée.

Au moins dix personnes ont été suspectées de se cacher derrière ce pseudo. Certaines ont vivement démenti l’«accusation», d’autres ont essayé de s’en octroyer les honneurs. En vain : la supercherie n’a jamais duré plus de quelques jours.

Le magazine américain Newsweek a bien cru mettre la main sur le mathématicien, en 2014, en présentant un certain Dorian Satoshi Nakamoto. Mais cet ingénieur californien d’origine japonaise n’avait aucun lien avec son illustre homonyme. On ne saura peut-être jamais qui est Nakamoto, ni ce qui l’a poussé à abandonner son projet si tôt.

A la recherche de Satoshi Nakamoto

En revanche, on peut assurer sans peine que ce mystère entretient la légende.

Satoshi Nakamoto

Ce document fondateur est toujours visible en ligne sur bitcoin.org et, pour toute personne qui s’intéresse à cette invention, reste très intéressant à lire même s’il est un peu technique.

À part quelques contributions sur des listes de diffusion ou sur des forums, Satoshi n’a jamais donné sa réelle identité, allant même jusqu’à disparaitre complètement en avril 2011 en prétendant qu’il passait maintenant à d’autres sujets.

De nombreuses recherches ont été effectuées et personne n’a pu établir avec certitude la véritable identité de l’inventeur.

Cependant un journaliste du magazine Fast Company a découvert plusieurs indices tendant à démontrer que Satoshi était en réalité un groupe de personnes. Il s’agirait de trois spécialistes de la cryptographie : Neal King, Vladimir Oksman et Charles Bry. Ils ont en effet déposé un brevet lié aux technologies de réseau et de cryptographie environ 72 heures avant que le domaine Bitcoin.org ne soit réservé.

De plus, une même expression apparaît dans ce brevet et dans l’article annonçant l’invention du Bitcoin : « computationally impractical to reverse ». Bien qu’aucune preuve tangible ne soit apportée, on peut raisonnablement penser que ces trois ingénieurs sont à l’origine de l’invention. Pourtant, tous ont nié être Satoshi et jamais personne n’a pu, ou n’a voulu, apporter la preuve qu’il avait participé à l’élaboration du Bitcoin.

Cependant, un billet de blog anonyme paru le 1er décembre 2013 attribue quant à lui la paternité du Bitcoin à une autre personne. Il s’agirait de Nick Szabo, un professeur d’université. L’auteur dit avoir découvert la véritable identité de Satoshi en réalisant une étude sémantique et statistique. Son analyse est consultable sur la page Web Satoshi Nakamoto is (probably) Nick Szabo.

Satoshi a été le premier mineur de Bitcoins et il est communément admis qu’il doit posséder des centaines de milliers de Bitcoins, voir plus. Pourtant l’archive publique permet de vérifier qu’il n’a jamais déplacé ou revendu ses Bitcoins.

La première action de Nakamoto, en août 2008, est de réserver le nom de domaine bitcoin.org et d’élaborer un site rudimentaire sur lequel il publie quelques jours plus tard son livre blanc.

Ce document de neuf pages, rédigé dans un anglais impeccable, résume le fonctionnement du protocole Bitcoin. Il y est présenté de la manière suivante : «Une version d’argent électronique, purement conçue pour être utilisée de pair à pair, qui permettrait de réaliser des paiements en ligne en les envoyant directement d’un pair à un autre, sans passer par une institution financière.»

Nakamoto lance ensuite un appel aux bonnes volontés qui souhaiteraient le rejoindre et fournit, pour entrer en contact avec lui, une adresse e-mail hébergée en Allemagne, sans plus de précisions…

Le texte est l’œuvre d’un mathématicien brillant et d’un auteur méticuleux. Sa pédagogie est frappante : n’importe qui peut comprendre le projet.

On apprendra plus tard, sur le site de la Fondation P2P, une ONG qui promeut la démocratisation des services de pair à pair, que Nakamoto prétend vivre au Japon et être né en 1975.

Des petits malins y verront une allusion à l’année du rétablissement du droit de posséder de l’or aux États-Unis (le bitcoin est, depuis sa création, comparé à de l’or numérique).

Vous trouvez le lien trop ténu pour y lire un quelconque indice ? C’est mal connaître la légende de Satoshi Nakamoto : les quelques traces de son existence apparaissant sur le Web sont toutes empreintes de références plus ou moins… cryptées.

Des cypherpunks passionnés

Quelle que soit son identité, Nakamoto puise ses influences chez les cypherpunks (de cipher, «chiffrement» et punk), des activistes passionnés par la cryptographie et dont l’objectif est de s’en servir pour assurer le respect de la vie privée.

Ce mouvement connaît son âge d’or au milieu des années 1990, lorsque des protocoles de communication et de paiement chiffrés voient le jour.

En 1998, le cryptographe Nick Szabo met au point le bitgold, la première monnaie numérique décentralisée. Il est reconnu comme l’un des précurseurs du bitcoin, tout comme le développeur Hal Finney, créateur d’un système de validation par preuve de travail (le cœur de la blockchain).

D’autres comme Adam Back (créateur d’hashcash, autre système de preuve de travail) ou Wei Dai (concepteur de b-money, un système de paiement électronique anonyme et distribué) font également partie des inspirateurs.

Chacun d’eux a démenti au moins une fois être Satoshi Nakamoto. Toutefois, de nombreux doutes subsistent tant ce petit groupe était au courant très tôt de l’existence du bitcoin et a activement participé à son développement. Hal Finney, par exemple, a reçu en 2009 la première transaction en bitcoins de la part de Satoshi Nakamoto.

La disparition de ce dernier coïncide par ailleurs avec la diminution des capacités physiques de Finney, atteint de la maladie de Charcot et décédé en 2014.

Nick Szabo, quant à lui, est le seul à avoir choisi de rester muet lorsque ceux qui ont travaillé de près ou de loin avec Nakamoto ont dévoilé leurs correspondances avec le mystérieux créateur.

Autant de zones d’ombre qui agitent encore la sphère techno..

De nombreux spécialistes soupçonnent Szabo et Finney d’être le duo caché derrière le pseudonyme de Nakamoto.

Cela n’empêche pas des protagonistes extérieurs aux cypherpunks de tenter de se faire passer pour les créateurs de la monnaie et de récolter ainsi louanges et récompenses.

L’informaticien australien Craig Wright s’est ainsi autoproclamé en 2016 créateur du bitcoin, promettant de fournir la preuve irréfutable de son identité… avant de se rétracter trois jours plus tard.

« Je pensais pouvoir laisser derrière moi les années d’anonymat et de dissimulation, justifie-t-il sur son blog. Mais, à mesure que les événements de la semaine se sont déroulés et alors que je me préparais à publier la preuve d’accès aux toutes premières clés, je me suis effondré. Je n’ai pas le courage.»

Un gigantesque trésor… virtuel

Au-delà de la curiosité scientifique, le mystère Nakamoto est surtout une histoire de gros sous.

Il n’échappe à personne que les avoirs de Nakamoto doivent être gigantesques.

Un consensus parmi les spécialistes de la blockchain a abouti au constat que l’inconnu était à la tête d’un portefeuille de 980 000 bitcoins et qu’il n’y avait jamais touché.

Début janvier 2018, cela représentait un trésor potentiel de… 12,2 milliards d’euros.

Entrant directement à la 75e place des plus grandes fortunes mondiales du magazine américain Forbes, Satoshi Nakamoto serait virtuellement plus riche que le milliardaire russe Roman Abramovitch, le fondateur de Tesla et SpaceX, Elon Musk, le magnat des médias, Rupert Murdoch, ou encore le patron d’Altice, Patrick Drahi.

Mais, pour que sa fortune passe de « virtuelle » à «réelle», encore faudrait-il qu’il vende ses bitcoins…

Or un tel acte aurait des conséquences dramatiques sur le cours de la cryptomonnaie : il pourrait être interprété comme une perte de confiance.

Un sentiment parfaitement résumé en 2014 par Jeremy Glaros, alors à la tête d’une plateforme de trading : « Si Satoshi est capable de vendre près d’un million de bitcoins, ce n’est pas seulement de l’effet sur le cours dont nous devons nous soucier, mais de ce que j’appelle la  » foi  » : si le créateur perd confiance dans le bitcoin, que devons-nous en déduire ?», déclarait-il au site CoinDesk.

On imagine aisément que les investisseurs ne sont pas pressés de voir leur héros sortir de sa retraite…