La musique qui soigne, la musicothérapie

Langage universel, la musique est associée, depuis des millénaires, à notre bien-être. Apaisante, relaxante ou stimulante, elle peut aussi, dans un cadre déterminé, devenir thérapeutique. Le point sur la musicothérapie.

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Confortablement installée dans un fauteuil, Ingrid se détend sur un « standard » de Véronique Sanson. Mais Ingrid n’est pas dans son salon… Sous la houlette d’un thérapeute, elle démarre, avec cinq autres participants, une séance de musicothérapie qui s’ouvre, chaque semaine, sur l’écoute d’une musique rituelle. Après une prise de parole individuelle pour exprimer ses difficultés et des exercices d’échauffement pour déverrouiller le corps, chacun commence à émettre des sons, explorant sa voix de façon ludique. Peurs, colère, tristesse… s’extériorisent dans des onomatopées, des mots chantés, soutenus par le clavier du thérapeute « qui assure un accompagnement musical et relationnel », précise François Zucco, directeur de l’institut de musicothérapie de Tarbes. Un peu plus tard, Ingrid est invitée à s’asseoir au centre du groupe pour approfondir, note après note, ses « aigus ». Surgit soudain un timbre cristallin… qui bouleverse la jeune femme. « Les émotions contenues peuvent ici s’exprimer, car structurées par des sons organisés proches du chant », précise le spécialiste. Ainsi, la musicothérapie réactive-t-elle des affects passés pour réharmoniser notre vie psychique : « La musique est étroitement liée à l’histoire de l’être humain immergé, depuis sa conception, dans un bain sonore », dit Daniel Fornier, musicothérapeute au Centre hospitalier spécialisé de Toulouse. Des sons qui, associés à des événements et engrangés inconsciemment par le cerveau, survivent tout au long de l’existence formant ainsi une sorte de calendrier autobiographique musical personnel.

S’exprimer grâce à la musicothérapie

En musicothérapie, « le patient se voit proposer des expériences musicales dont il s’empare pour s’exprimer et transformer son rapport à lui-même, aux autres et à sa souffrance », explique François Zucco. Une expression qui s’exerce avec des instruments de musique simples ou la voix : on parle alors de musicothérapie « active » ; mais aussi avec la parole, la danse ou le dessin, à l’issue de l’écoute d’une musique enregistrée qui va susciter des émotions : c’est la musicothérapie « réceptive ». La musique constitue un langage polysémique dont les significations, subjectives, apparaissent moins péremptoires et angoissantes que la langue parlée.

Communiquer

Parce qu’elle permet de s’exprimer, la musique constitue un outil d’échanges. Elle ouvre des canaux de communication archaïques,par les sons, le rythme…, quand la relation à l’autre est problématique : chez les personnes psychotiques, autistes, ou souffrant de déficits intellectuels importants. « Chez l’être humain, traversé depuis sa conception par du rythme (battements de cœur…), le sens du tempo est inné », rappelle le musicothérapeute.

Rétablir un échange

La musicothérapie peut aussi rétablir une communication déficiente au sein,par exemple, de la cellule familiale. « Quand un enfant ou un parent est atteint d’une maladie grave et que chacun se mure dans le silence pour ne pas affecter l’autre, la parole devient fonctionnelle et vide d’affect, remarque François Zucco. Elle peut aussi être connotée de violence chez l’enfant qui vit difficilement le passage à l’adolescence ». La musique rétablit un autre langage, porteur d’émotions et de sentiments.

Renforcer l’identité

« Le rythme aide à se situer dans le temps. Quant à la mélodie, elle permet de mieux se replier dons l’espace » précise l’expert. À ce titre, la musicothérapie est notamment utilisée dans l’éducation d’enfants en déficit intellectuel (et en difficulté de construction) ou dans la rééducation de personnes, souvent âgées, dont les acquis se délitent (malades d’Alzheimer…). Jouer de la musique rétablit de surcroît du « jeu » qui, dans sa fonction première, est structurant pour le psychisme.

Réharmoniser sa personnalité

L’harmonie d’une musique, son esthétisme, réveille des affects et des émotions inscrits dans l’histoire personnelle. Elle autorise un travail sur soi de type psychothérapique indiqué, par exemple, aux personnes dépressives dont les hases narcissiques ont été déstabilisées.

Créer du lien

La musique est par ailleurs porteuse d’une histoire collective, de traditions… qui crée du lien entre celui qui l’écoute et une « communauté ». Elle est donc profitable à tout individu en rupture d’enracinement identitaire, social ou culturel : personnes isolées, enfants adoptés… Se sentir reconnu dans ce que l’on aime permet aussi de se sentir reconnu pour ce que l’on est.

Limiter la perception de la douleur

Régulation du rythme cardiaque et de la tension artérielle, libération d’endorphines aux propriétés analgésiques, calmantes et euphorisantes, diminution du taux de cortisol, une hormone liée au stress… : outre ses applications en musicothérapie, la musique est exploitée pour ses effets physiologiques sur l’organisme. Elle a prouvé son efficacité dans l’accompagnement de soins chez les prématurés : elle diminue le stress, favorise le sommeil et le gain de poids. Elle peut aussi limiter, avant ou après une intervention chirurgicale, la prescription d’analgésiques. « On utilise alors des sons très graves, des basses pulsées presque aquatiques », indique Wa Kan, producteur et compositeur de musiques de bien-être.

Relaxer ou dynamiser

Au quotidien, la musique peut aider à gérer son stress ou son sommeil, se relaxer ou se dynamiser. En témoigne le succès croissant des CD de détente ou de stimulation musicale. « Rythmes afro-brésiliens, batucada… Le tempo d’une musique stimulante doit être élevé, de l’ordre de 110 battements par minute » précise le compositeur. Les instruments privilégiés étant les percussions qui suscitent une irrésistible envie de bouger. « À l’extrême opposé, une musique pour s’endormir affichera un tempo de plus en plus lent, une mélodie de plus en plus monocorde, avec des sons très graves. Les instruments à privilégier : les harpes, les flûtes et les cithares ».

À retenir : pour développer votre ouïe, privilégiez l’écoute d’instruments acoustiques aux nuances plus riches que la « musique » électronique.

Questions – Réponses

La musique est-elle thérapeutique ?
La musique a des effets indéniables sur notre bien-être. On parle alors de techniques psychomusicales qui utilisent la musique pour se relaxer, par exemple. Mais, à elle seule, la musique n’a jamais soigné personne. C’est la mise en place d’un cadre de soins avec l’accompagnement d’un thérapeute qui dans le cadre de séances de musicothérapie lui confère ses vertus thérapeutiques. Par ailleurs tous-les styles de musique (variétés, rock, rap, classique…) peuvent être utilisés à partir du moment où le patient y est réceptif.

Écouter de la musique ou la pratiquer : sur quels critères propose-t-on l’une ou l’autre méthode ?
Les deux me semblent complémentaires. Mais, en pratique, cette distinction sémantique n’a pas lieu d’être : l’écoute d’une musique, en musicothérapie réceptive, doit être « active », l’important étant la façon dont la personne se l’approprie, ce qu’elle en fait. À l’inverse, ce n’est pas l’action motrice qui est recherchée quand on joue d’un instrument, mais la perception que l’on a de son rapport à la musique, de sa propre réceptivité.

À quel moment la verbalisation intervient-elle dans une séance de musicothérapie ?
La personne verbalise son ressenti après chaque séquence de production sonore et d’écoute musicale. Car c’est en analysant, avec le thérapeute, son rapport à la musique, que l’on comprend son rapport à soi-même et aux autres. Chez les personnes qui ont du mal avec la parole, cette verbalisation peut intervenir dans un second temps, après que le corps se soit exprimé dans le mouvement.

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