Les pièges des jeux en ligne

Rien ne va plus du côté des jeux en ligne… surtout depuis l’ouverture du marché à la concurrence en juin 2010.

Problème de dépendance, risque de surendettement et joueurs déconnectés de la réalité… Ces loisirs virtuels s’apparentent à des paris risqués pour les internautes, et cela malgré les gages de prévention mis sur le tapis par la loi.

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Les jeux semblent déjà faits pour les cyberjoueurs, et cela n’augure rien de bon.

En légalisant et en ouvrant le marché des jeux en ligne à la concurrence en juin 2010, le gouvernement a fait un pari des plus risqués au point d’ouvrir la boîte de pandore : dans sa lutte pour déconnecter les sites frauduleux de jeux en ligne, il a en effet permis à ces jeux d’argent, autrefois cantonnés dans des bâtiments bien visibles, de se diffuser auprès d’un plus large public.

Entre septembre et octobre 2010, soit à peine quelques mois après la libéralisation du secteur, le site de paris en ligne Paris mutuel urbain a vu son trafic croître de plus de 40 %, tandis qu’à la mi-juillet de la même année 800 000 internautes avaient ouvert un compte pour tenter leur chance sur le Web.

Une mise très périlleuse engagée par l’État, alors que près de 600 000 Français souffriraient d’addiction aux jeux de hasard selon une étude menée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies et par l’INPES.

Des joueurs compulsifs qui ont ainsi accès plus facilement à leur « drogue », sachant en outre que la situation est loin d’être une partie de plaisir.

Addiction et dépendance, produits de ces jeux

Paris sportifs et hippiques, mais aussi poker… trois « divertissements » libéralisés en 2010, qui peuvent engranger des gains très pervers.

Problèmes de dépendance et d’addiction seraient en effet le lot de ces loisirs virtuels, que la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie assimile à de véritables drogues.

Des jeux d’argent qui créeraient donc des états de manque, certains joueurs ne pouvant s’empêcher de miser. Dès lors, l’addiction grignote petit à petit leur quotidien, occupant chacune de leurs pensées quand ils ne sont pas devant leur ordinateur à faire leurs jeux…

Alors que déjà rien ne va plus : car au-delà des problèmes de santé, ces derniers récoltent d’autres difficultés encore plus pénalisantes.

Rejouer pour se refaire

Le jackpot de ces addictions au jeu s’apparente en effet le plus souvent à des situations de surendettement.

Certes, sur Internet, les mises unitaires peuvent être moins importantes que lors d’une partie ancrée dans le monde réel, mais face à des sollicitations plus nombreuses, comment un joueur compulsif pourrait-il s’empêcher de multiplier ses paris ?

D’où des risques plus accrus de connaître des difficultés financières pour ces cyberparieurs titillés par l’envie « de rejouer pour se refaire ». Face aux pertes qui s’accumulent, nombre d’entre eux misent sur la charité de leur famille et de leurs proches, leur empruntant de l’argent pour retenter leur chance et ainsi éponger leurs dettes.

Mais encore faut-il qu’ils aient conservé dans leur jeu ces atouts relationnels.

Un cercle vicieux

Des soutiens sur lesquels nombre d’entre eux ne peuvent plus compter. Obsédés par leur besoin de jouer, ils s’excluent du monde réel, délaissent leurs seules attaches avec la société en trois dimensions.

On observe souvent qu’il s’agit d’un investissement énorme en temps avec tous les risques qui en découlent : décrochages scolaires, problèmes au boulot, problèmes familiaux et relationnels, car
certaines personnes ne vont plus qu’être sur Internet.

Un cercle vicieux dans lequel le joueur compulsif ne peut plus miser ni sur ses relations ni sur son travail pour avoir les moyens de rembourser ses dettes de jeu.

Mais cette addiction joue également sur la santé des cyberparieurs. Mauvaises alimentations et hygiènes de vie, sommeil amputé de nombreuses heures, irritabilité… sont généralement les signes avant-coureurs de cette descente aux enfers.

Une dérive que la loi tente de contenir grâce à des dispositifs de prévention.

L’État mise sur la prévention

À l’occasion de cette libéralisation, l’État a en effet sorti de sa manche diverses mesures censées endiguer ces problèmes de dépendance et d’addiction.

Tandis que seuls les sites de paris hippiques et sportifs et ceux de poker ont été autorisés sur Internet, la loi oblige également les opérateurs à instaurer des dispositifs de protection des joueurs.

Devant obtenir l’agrément de l’Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne) pour être diffusés, ils doivent également établir un plafonnement des mises et de l’approvisionnement des comptes
de leurs clients.

Complétant une réglementation très stricte de la communication commerciale, des messages d’alertes sont également envoyés aux internautes pour les informer des dangers liés à ces loisirs virtuels.

Mais la partie s’avérant déjà mal engagée pour le gouvernement, celui-ci a donc dû imaginer de nouvelles mesures applicables dès 2012.

Parrainage limité ou interdiction des gratifications financières destinées à compenser les pertes… compliqueront encore plus le jeu des opérateurs.

Les bonus de bienvenue, eux, seront limités à 500 € : une mise que les joueurs pourront réitérer autant de fois qu’il existe de sites, ce qui n’augure rien de bon quant à l’efficacité de ce coup de bluff.

SOS Joueurs

Mais dans cette partie qui semble perdue d’avance, un autre joueur fait alors son apparition.

En effet, des centres d’addictologie prennent désormais en charge les problèmes de dépendance au jeu.

Si SOS Joueurs écoute et conseille les accros de la souris, Adictel, elle, bloque même l’accès Internet.

Les addicts ont également la possibilité de s’inscrire sur le fichier des interdits de jeux : un dispositif prévu par la loi, mais qui mise sur la responsabilité et l’autoprise en charge des parieurs eux-mêmes.

Système préventif, joueurs jugés responsables et libéralisation du secteur… en matière de jeux en ligne, l’État opte pour des paris très risqués.

L’État et Arjel, croupiers de jeux en ligne

Depuis 2010, le gouvernement français mise sur les jeux en ligne, notamment pour renflouer ses comptes.

Avant la loi de libéralisation du marché des jeux d’argent et de hasard, seuls la Française des jeux, le PMU et les casinos terrestres étaient dûment autorisés à proposer ces divertissements, tous les autres sites de paris sportifs et de poker étaient, eux, prohibés.

Mais face à la pression de l’Union européenne, la France s’est engouffrée dans le jeu de la concurrence, encadrant plus strictement ces loisirs virtuels.

Parties de poker, mises sur des courses hippiques ou sur des matches sportifs restent les seuls jeux d’argent auxquels peuvent s’adonner légalement les cyberjoueurs.

Si ceux de grattage et de tirage restent un monopole de la Française des jeux, le casino version interactive, lui, demeure totalement interdit.

En outre, seuls les cercles de jeux légaux comme l’Aviation Club de France ont la possibilité d’organiser des tournois de poker dans le monde réel.

Mais l’État mise avant tout sur l’Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne) pour prodiguer un peu de prévention dans cet univers virtuel et endiguer les dérives.

Agréant les opérateurs, elle lutte également contre la fraude et les sites illégaux, tout en s’assurant de la sécurité des opérations en ligne et en prévenant les risques de dépendance. Un bel atout dans le jeu de l’État.

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