Prévenir l’obésité infantile

La progression de l’obésité infantile est sans précédent depuis les années 2000. C’est en fait un problème majeur de santé publique. Majeur, mais pas irréversible, puisqu’il est heureusement possible d’agir et d’éviter le risque de surpoids.

En l’espace de 20 ans, la proportion d’enfants en surpoids et obèses a quasiment triplé.

Les épidémiologistes notent que dans les années 1990, le rythme de progression du surpoids de l’enfant en France était comparable à celui observé aux États-Unis.

Durant cette décennie, les pouvoirs publics français ont commencé à se préoccuper de cette évolution et déclaré l’obésité de l’enfant, problème de santé publique.

Depuis une dizaine d’années, la tendance tend cependant à s’infléchir.

La proportion d’enfants en surpoids et obèses semble se stabiliser, voire légèrement diminuer, autour de 15 à 18 %. Quant au pourcentage de jeunes Français obèses, il tourne autour de 3 %, avec des disparités selon les sexes.

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L’obésité infantile : des mauvaises habitudes alimentaires

Même s’il est de nouveau tendance d’allaiter son enfant, les jeunes mamans ont eu davantage recours aux laits en poudre maternisés au cours des années écoulées.

Or, l’allaitement (pendant au moins deux mois) protègerait l’enfant d’un surpoids ultérieur, parce que le lait maternel fournit exactement ce dont le nourrisson a besoin.

La diversification alimentaire précoce (dès l’âge de 3 mois dans les années 1980 et 1990) et un apport trop élevé de protéines durant les trois premières années de vie pourraient favoriser l’installation d’un surpoids précoce chez les enfants.

Plus tard, l’abondance alimentaire, l’émergence d’aliments gras et sucrés bourrés de calories (fast-food, friandises, sodas…), leur omniprésence (dans la rue, les distributeurs…) encouragent la surconsommation énergétique.

Quant à la déstructuration des repas au profit des grignotages intempestifs, ils font perdre les sensations de faim et de satiété qui permettent normalement de réguler l’apport énergétique.

L’obésité s’est développée parallèlement à une diminution de l’activité physique et à une augmentation des activités sédentaires : télévision, jeux vidéo… qui favorisent en prime le grignotage, non pas de pommes ou de laitages, mais bel et bien de sucreries et chipseries arrosées de sodas en tout genre.

Le temps passé devant le petit écran par les petits Français serait en moyenne de 3 heures par jour.

Or, 70 % des publicités TV destinées aux enfants concernent des produits alimentaires. Et 70 % de ces aliments sont des sucreries.

Paradoxalement, si l’on bouge moins, on dort aussi moins. Les enfants tout comme les adultes dorment moins qu’avant. Ils fabriquent donc moins de leptine — une hormone qui favorise la satiété — et produisent plus de ghréline — une hormone qui favorise la faim.

Manque de sommeil et fatigue encouragent à la sédentarité… C’est un cercle vicieux.

Signal d’alarme

Entre 20 et 50 % des enfants obèses et 50 à 70 % des adolescents obèses risquent de le rester à l’âge adulte.

Tout comme chez l’adulte, l’obésité de l’enfant peut occasionner diverses perturbations métaboliques.

Ainsi, on voit apparaître du diabète de type 2 (non insulinodépendant), une maladie considérée il y a encore quelques années comme réservée aux personnes âgées.

Les enfants obèses peuvent également être hypertendus où présenter un excès de cholestérol sanguin.

L’excès de poids durant la croissance peut aussi poser des problèmes orthopédiques du type genu valgum (dit encore «genou en X»), scoliose, entorses à répétition.

Sur le plan psychologique, chez les enfants, les moqueries peuvent conduire à l’isolement.

Chez les adolescents obèses, les psychologues observent une perte de l’estime de soi, de moins bons résultats scolaires, un risque accru de dépression et de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie).

Suivre la courbe du carnet de santé

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini l’indice de masse corporelle comme la norme pour évaluer les risques liés à la surcharge pondérale. L’IMC correspond au poids divisé par le carré de la taille.

Si la courbe de corpulence située dans le carnet de santé décroche, vers le haut ou le bas, prenez l’avis du pédiatre ou du médecin de famille.

Entre 0 et 1 an, les enfants s’arrondissent. Entre 1 et 6 ans, ils s’affinent. À partir de 6 ans et jusqu’à la fin de la croissance, ils « s’étoffent » à nouveau. L’IMC idéal varie donc avec l’âge.

Des inégalités

Tous les enfants ne sont pas égaux devant la nourriture : à âge, sexe et activité équivalents, ils n’ont pas tous le même besoin énergétique.

En mangeant de manière identique, certains stockent donc plus que d’autres.

Le milieu social joue aussi son rôle. On a pu montrer que lorsqu’un des deux parents est obèse, le risque pour son enfant d’avoir aussi des kilos en trop est multiplié par 3, comparé à un enfant dont les parents ont un poids normal. Et lorsque les deux parents sont obèses, le risque est multiplié par 5.

Montrer l’exemple

Inculquer aux enfants de bonnes habitudes alimentaires, un mode de vie sain et actif, c’est le b.a-ba de la prévention.

Parents, mais aussi frères et sœurs, grands-parents… toute la famille est concernée.

Cela commence durant la vie fœtale : plus la maman varie ses aliments, plus l’enfant aura de chance d’avoir des goûts variés. Le fœtus est sensibilisé aux odeurs qui traversent le liquide amniotique.

L’allaitement maternel, s’il est possible, est probablement protecteur du surpoids. Il est également recommandé en prévention des allergies alimentaires de l’enfant.

La diversification alimentaire ne doit pas commencer avant l’âge de 6 mois.

En revanche, c’est entre 1 et 3 ans qu’il faut faire goûter aux enfants un maximum d’aliments pour leur permettre par la suite de consommer sans rechigner des aliments « sains », comme les fruits, les légumes ou encore le poisson.

Le jeune enfant imite volontiers ses parents. Évitez donc de grimacer devant les épinards. Pour l’inciter à manger de tout, faites-le participer aux courses et à la préparation des repas.

Lorsque l’enfant grandit et devient adolescent, avec des emplois du temps scolaires variables et des activités à l’extérieur, maintenez des repas familiaux structurés (entrée, plat, dessert) et à horaires à peu près réguliers.

Recommandations du Programme national Nutrition Santé

  • Par jour : au moins 3 produits laitiers, 5 fruits ou légumes, 1 viande ou 1 poisson (ou des œufs), des corps gras variés (huiles, beurre) et de 1 à 1,5 litre de boisson (eau).
  • Par repas : au moins du pain ou un féculent (pâtes, riz pommes de terre, légumes secs…).
  • Limiter les aliments gras (frites, mayonnaise, charcuteries…) et ne pas abuser des sucreries (bonbons, gâteaux, sodas…).
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