Retravailler après une longue maladie

Retrouver une vie normale après un arrêt de plusieurs mois, c’est aussi renouer avec sa vie professionnelle. Une reprise à anticiper pour prévenir la désinsertion professionnelle, souvent observée dans ce type de situation.

Lorsque l’on reprend le travail, on remet son corps dans ce qu’il a abandonné depuis plusieurs mois : il faut retrouver des réflexes, se remettre en condition pendant un certain temps. On peut avoir très envie d’y retourner, tout en redoutant de retrouver toutes les contraintes. Il faut être conscient de ce que l’on peut faire et en discuter en amont, avec le médecin du travail, pour envisager les aménagements nécessaires. Le pire serait de se retrouver en situation d’échec, entraînant un nouvel arrêt de travail. Sur le plan psychologique, cet état de fait est extrêmement délétère.

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Garder le contact avec son entreprise

Un arrêt de travail pour longue maladie (plus de six mois) ne doit pas se muer en isolement social et professionnel. Le retour au travail se prépare très en amont. Garder le lien avec quelques collègues de confiance permet de rester au courant de la vie de l’entreprise, ce qui facilitera le retour au travail. Même si ce n’est pas une obligation, informer sa hiérarchie et la direction des ressources humaines (DRH) de l’évolution de son état de santé peut être utile. Psychologiquement, c’est une façon de se projeter vers l’après-maladie. Cela permet aussi à l’employeur de mieux anticiper le retour du salarié.

La visite de préreprise obéit à la même logique : effectuée avec le médecin du travail durant l’arrêt maladie, elle est destinée à faire le point sur votre situation, à préparer votre retour à l’emploi et, si nécessaire, à adapter votre poste. Avec votre autorisation — car l’entretien reste confidentiel —, le médecin prendra contact avec votre employeur pour prévoir les aménagements nécessaires. Tout salarié absent pour maladie plus de trois mois a droit à la visite de préreprise (art. R. 4624-18 du Code du travail). C’est à lui d’en prendre l’initiative avec, s’il le souhaite, l’aide de son médecin traitant ou du médecin-conseil de l’Assurance-maladie.

Retrouver son emploi et son salaire

Après un arrêt d’au moins trente jours, la reprise du travail est obligatoirement assortie d’une visite de reprise (art. R.4624-22 du Code du travail). Organisée par l’employeur, elle doit se tenir dans les huit jours suivants le retour du salarié dans l’entreprise. Lors de cette visite, le médecin du travail délivre son avis sur l’aptitude du salarié à reprendre son poste. Un salarié déclaré apte doit retrouver, son emploi ou un emploi similaire et une rémunération équivalente.

Cela signifie qu’il ne peut être porté atteinte à aucun des éléments essentiels du contrat de travail : la fonction, le lieu de travail, la rémunération. Même si la loi ne prévoit cela que dans le cas d’une maladie ou d’un accident d’origine professionnelle, cette obligation est étendue, selon une jurisprudence constante depuis 1997, aux salariés dont la maladie n’est pas d’origine professionnelle.

Aménager son poste de travail

Reprendre à temps plein est parfois fatigant. Dans ce cas, votre médecin traitant peut vous prescrire un temps partiel pour motif thérapeutique — communément appelé mi-temps thérapeutique — (art. L. 323-3, L. 433-1, R. 433-15 du Code de la Sécurité sociale). Mais attention ! Le temps partiel thérapeutique est profitable si la charge de travail est divisée par deux, sinon, mieux vaut prolonger l’arrêt de travail jusqu’à être le moins fatigué possible pour retrouver un temps plein.

La mise en place du dispositif est autorisée par le médecin-conseil de la caisse d’Assurance maladie. C’est lui qui fixe sa durée ainsi que le montant des indemnités journalières (pour la part non travaillée). D’une durée de douze mois au maximum, l’indemnisation du temps partiel thérapeutique est sans limites en cas de reprise après un accident du travail ou une maladie professionnelle.

À la fin de l’indemnisation par la Sécurité sociale, le médecin du travail décide de la poursuite, ou non, du temps partiel. L’aménagement du travail peut aussi intervenir à sa demande s’il a conclu à une aptitude à reprendre le poste, mais avec certaines réserves. L’employeur doit alors aménager le poste ou adapter le travail du salarié. Dans l’industrie, par exemple, beaucoup de salariés reprennent leur travail sur un poste où les cadences sont moins intenses.

Obtenir un reclassement en cas d’inaptitude

Plus radical, si le salarié est déclaré inapte à son poste : le reclassement. C’est souvent le cas pour les postes physiques, impossibles à occuper après certaines affections. Dans le BTP, on voit ainsi des maçons devenir grutiers après une lombalgie invalidante. Le reclassement s’accompagne souvent d’une formation. Deux visites médicales, à quinze jours de distance, sont nécessaires pour prononcer un avis d’inaptitude.

Si le médecin du travail émet un avis d’inaptitude dans l’entreprise, l’employeur doit entamer une démarche de reclassement : mutation, transformation de poste, aménagement du temps de travail doivent être recherchés dans l’entreprise ou, le cas échéant, dans le groupe.

Le délai pour trouver une solution est d’un mois à partir du second examen médical. Attention : pendant ce délai, le salarié n’est plus rémunéré, sauf en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Il bénéficie alors d’une indemnité temporaire d’inaptitude, versée par la Sécurité sociale. C’est seulement si le reclassement est impossible qu’un employeur peut licencier un salarié déclaré inapte. Mais l’inaptitude, en soi, n’est pas un motif de licenciement. Retrouver du travail ailleurs n’est pas impossible. Il est conseillé pour cela d’obtenir une reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), auprès de la Maison départementale des personnes handicapées. La RQTH donne accès aux services de Cap emploi, qui dispose de davantage de moyens que Pôle emploi.

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